dimanche, 07 juin 2009

L'identité sexuelle en massage ?

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J'ai eu envie de me poser cette question au sujet de mon identité sexuelle en massage, est-ce que je la conserve et sa présence représente-elle un problème ou un atout ?

Bien-sûr, je ne peux pas l'extraire de moi et elle ne devient vraiment un problème que lorsqu'elle se substitue à mes capacités de massages pour devenir toute entière sexuelle. Alors, le sexe est un massage, j'ai pu à de nombreuses reprise le dire, mais il implique sous cette forme une sélection sur des critères qui annulent les impératifs d'éthique. Je peux avoir 4 massages de trés bonne qualité dans ma journée dont je ressortirai satisfait, par contre, je ne peux pas avoir 4 orgasmes sur commande avec des partenaires tous les jours différents.
Lorsque je masse le corps d'un garçon, je n'ai pas de "plaisir homosexuel" construit, souhaité, élaboré comme je peux les susciter dans l'intimité, les mécanismes ne sont pas les mêmes et je ne parviens même pas à dégager de préférence entre le massage d'un homme ou d'une femme. Je suis celui par lequel doit venir l'intention de détente sachant que j'entretiens avec le corps masculin un shéma corporel identique et donc une proximité que ma sexualité amplifie, facilite, mais que mon esprit modère. Lorsque je le masse, ce garçon doit perçevoir que je n'attends rien de lui excepté qu'il soit dans son entièreté corporelle, mais rien de son sexe dressé, rien qui puisse venir de ses fesses en tant qu'objet sexuel. Sa nudité doit se faire expression de simplicité, de tendresse sans à priori, sa nudité ne doit pas conserver ses stratégies d'appâts et sa force d'attraction, pourtant toujours très forte chez moi.

 

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Je suis puissament imprégnié par mon homosexuelité, par la nature même de mon sexe et de sa position dans la société mais dans mon massage, la sexualité doit garder sa place au sein de ma sphère intime et ne jamais prendre le dessus.
La question qu'il est intéressant de se poser c'est "Si je devais masser un homme avec mon identité d'homosexuel sexué, alors comment devrai-je masser les femmes et surtout comment les perçevrai-je ?" Un sexe de femme ne peut éveiller ma curiosité d'hétéro-embryonnaire ou d'homo accompli sans que chacun reprenne sa place de chasseur et de chassée. Est-ce ce que je recherche dans un massage ? Le regard de meute de ma sexualité, dominant et pervers ?
Dois-je alors rester homosexuel lorsque je masse une femme ? Et si tel est le cas, quelle sera mon implication profonde et l'honnêteté de mon touché ? Suis-je l'hétéro-embryonnaire dont je parlais plus haut ou un homme au clair avec sa sexualité ? Car, dans un tel cas de figure, quel statut avoir lorsque je masse un vieillard, celui de gérontophile et pédophile avec les enfants ? Pourquoi ce qui s'évanoui naturellement avec les vieillards et les enfants devrait se réactiver avec les adultes de mon âge ? La convergence de nos intérêts bien sûr, mais quid des afinités électives et des nécessités de l'esprit ?  Le vieillard qui vous laisse indifférant sexuellement sera le même homme qui vous fascinera intellectuellement mais le massage que vous lui prodiguez ne doit, lui, qu'être un équlibre que comprendra le corps comme l'esprit. Indifférent vis-à-vis d'un vieux ou excité vis-à-vis d'un jeune c'est la même chose, le massage ne devient plus que plus que l'ombre de lui-même, parasité par les attentes des uns et des autres. Lorsque je ne suis que le guide et que mon massé n'est qu'un voyageur tout reprend sa place. Mon but est de lui faire découvrir des différents paysages de son corps mais les émotions, les souvenirs, là où il veut mener son esprit, lui-seul les connaît. Nous voyons bien que c'est sur un autre plan que nous devons nous situer.

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Nous devons être celui ou celle, l'instant d'un massage, dont on attend rien que d'être soi et nous trouver là, en tant que masseur comme sentinelle de la descente dans l'intime. Je ne parle pas de cet intime apparent, visible, de celui qui trouble quand on l'expose, je parle de celui, tellement profond, qui vous constitue. Votre massé(e) doit comprendre que ce masseur vous regarde mais ne vous juge pas, il est là mais ne vous compare pas, il vous touche mais ne vous désir pas et cela parce que aimer c'est aussi penser. Vous devez avoir préparé son voyage, vous devez penser votre métier.
Biensûr que le désir n'est pas un ennemi dont la sexualité en serait la perversion, il ne s'agit pas de remettre le corps dans le carcan par-lequel notre histoire collective nous a laissé meurtrie, mais de le maîtriser pour que le spontané ne prenne pas le dessus pour devenir la finalité naturelle de tout rapport humain au nom d'un édonisme servant toujours les mêmes intérêts, pour tomber dans les mêmes ornières socio-culturelle faisant de moi un homme, un chasseur, un dominant requérant une sexualité à la mesure de ses capacités homosexuelles, sans contraintes et laissant à ma sexualité toutes les latitudes. Je cueille, je mange et je recrache le noyaux. Cet état-là de masculin macho pu comme c'est pas permis.

Masser c'est accompagner l'autre et devenir masseur c'est aimer cet accompagnement.
Baiser en massant, masser en baisant c'est top lorsqu'on est dans une relation établie dans laquelle on ne souhaite pas trouver que du génital. En temps que masseur ou masseuse pro, c'est s'installer dans une sexualité molle, sans consistance attendant le jour où ce sera génial dans les deux sens. En attendant, c'est votre quotidien que vous tissez, c'est votre qualité de masseur que vous empécher de décoler, et c'est le massage que vous desservez en faisant ce que font tout ceux qui n'ont pas de formation pratique sous couvert de massages exotiques.

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Ce que je veux dire, lorsque j'écris que la sexualité annule les impératifs d'éthique qui s'impose en massage, c'est qu'autant je ne dois jamais me prononcer sur la beauté supposée ou ressentie de mon massé, autant on ne peut exiger de moi que j'anesthésie tout jugement de valeur pour entrer dans la sexualité qui entend au contraire la multiplication des perceptions. Masser sur un socle commun permet de s'entendre sur ce que l'on est en droit de trouver sur une prestation duplicable à volonté. La sexualité n'est plus sur ces socles communs mais au contraire sur la singularité des sens qu'aiguise un désir partagé.

Dimanche 7 juin 2009
Cabello Alain

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