mardi, 09 juin 2009

Être homme comme un problème

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Je suis une victime à quadruple détente, prostitué par déduction, masseur par métier, gay par sexualité, homme par naissance. Ça c'est intéressant, faire de son sexe dit fort, un handicape et un sujet de malaise. Je suis toujours regardé comme un stéréotype, masseur et donc, garçon toujours potentiellement disponible, cela se poursuit comme gay qui entretient avec les hommes une proximité sexuelle qui me fait partager avec eux la même nature et donc les mêmes envies que l'homosexualité permet naturellement de satisfaire et je deviens du coup prostitué au fait des érotismes les plus exacerbés.

Je voudrais essayer de déblayer un peu tout ça. La prostitution masculine ne s'impose pas de fait puisqu'elle a lieu dans le sérail. Qu'une femme soit une pute ne pose pas de problème, c'est plus que bien perçu que d'aller voir des professionnelles du sexe pour ré-équilibrer ses besoins sexuels ou aller dans des sexualités que le couple ne pratique pas, par contre, si l'homosexualité peine à se laisser nommer dans la tête de ceux qui la pratique occasionnellement en lui préférant le terme de bi-sexualité, même si on oublie que pour qu'il y ait bi-sexualité il faut qu'il y ait pratiques homosexuelles, il en va tout autrement de prendre conscience que se faire faire une finition, par son masseur, en fin de séance, est un acte de prostitution masculine caractérisée.
La prostitution hétérosexuelle est certes, perçut comme un dévoiement des règles communes d'organisation sociale dont la sexualité est une déconstruction des valeurs morales mais la prostitution homosexuelle, installe la sexualité elle-même comme une négation de genre. La pratiquer c'est remettre en cause ces règles communes et la rémunérer n'est qu'un stade supplémentaire de sa corruption. Ça c'est ce qui est affiché, par contre, du côté des hommes, cette proximité que facilite l'homosexualité est de plus en plus perçue comme l'aboutissement naturel d'un besoin, c'est se retrouver ensemble, comme dans la vie de tous les jours, et s'entendre autour du plus petit dénominateur commun de la sexualité qu'est le plaisir masturbatoire. C'est s'identifier à l'autre, et rejouer, selon le cycle qui s'engage, les liens de socialisations par la consommation discrète des corps. Pour l'hétérosexuel, l'homosexualité est une transgression, pour le bi-sexuel c'est une évolution et pour l'homosexuel c'est un accomplissement mais il est étrange qu'une sexualité puisse être règlementée par ceux qui ne la partagent pas.

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Si lever l'hypothèque sur sa sexualité en le disant reste compliqué, le faire sans le sire n'engage, de fait, plus le groupe de la même façon tout en continuant à promouvoir sa recherche naturelle du plaisir en s'en écartant momentanément. Être homme, c'est constituer ce groupe de puissant, et avoir un contact sexuel en son sein, même si cela va contre les valeurs qu'il a lui-même établit, c'est en constituer pour l'occasion un autre et même si l'orientation sexuelle reste discordante, elle n'en est pas moins toujours ancrée dans les mêmes certitudes que celles de son sexe identitaire. Certes, l'homosexualité le bouscule dans ses valeurs, mais elle reste fondamentalement attaché au clan et dans l'incapacité de pouvoir dégager une réelle dynamique de remise en question. Il ne s'agit pas de refermer là le sac dans lequel ce pareil au même ne ferait que clore le débat mais juste de tenter, avec mes misérables lanternes de gay, d'éclairer ce sujet qui m'intrigue. L'homosexualité qui me distingue contient les germes d'une contestation que mon appartenance à un groupe plus vaste, annule. Ce n'est donc plus en tant qu'homosexuel masculin qu'il me faudrait poser la question mais en tant qu'individus composant d'un groupe encore plus vaste qui serait celui que forment les hommes et les femmes prit ensemble, toutes sexualité confondues.
Le problème me paraît plus se situer au niveau des articulations de ces différents groupes et des mouvements intérieurs qui les parcours, les irriguent. On semble plus s'émouvoir de la forme d'une sexualité, de sa légitimité, en se focalisant sur le choix des mots, sur les pratiques, les fantasmes parfois brutaux, pour dénoncer des effets visibles de tous, plutôt que de s'intéresser aux causes difficiles à comprendre du plus grand nombre. La sexualité des autres ou l'exercice de tout autre pouvoir, dès lors qu'on en est la victime plus ou moins directe permet à moindre frais de tendre un index accusateur à une collection interminable de doigts pointés qui montrent plus qu'ils n'expliquent.

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Regardez les revendications féministes, elles sont toujours vues comme des revendications de clan, les femmes, victimes, contre des hommes vus comme corps d'opposition. Lorsque que les homosexuel(le)s demandent l'égalité des droit on les perçoit comme une communauté sans relais extérieur, souhaitant prendre à cette majorité qui décide de nouvelles libertés qui dépendrait d'elle seule comme si le pouvoir législatif que je leur délègue est à eux et que l'emporter serait une victoire arrachée à la partie adverse. En fait, ce sont les courants qui prennent la direction des revendications qu'ils ont parce que leurs sensibilité est plus fines concernant les sujets qui les mobilisent. C'est l'expression de la société civile mais les résistances ne devraient pas être aussi marquées si l'on avait une conscience plus juste des nécessités respiratoires des sous-ensemble. Comment aller plus loin dans le féminisme si les hommes ne s'y impliquent pas d'avantage ? Quel sens ont les revendications politico-sexuelles si on les dissocies d'une recherche d'intérêt systématique des acquis communs afin que ceux qui ne partagent pas nos exigences puissent trouver une consolidation de leur propre environnement qu'il partage avec nous ? Le combat des femmes n'est pas une histoire de positionnement qui ne regarde que les femmes. Régler la question homosexuelle c'est réformer notre façon d'envisager le groupe non plus comme un seul, forcément masculin, mais comme une multitude forcément plurièle. J'en appelle ardemment à la création d'un groupe de masculinistes qui permettraient de travailler en amont sur des interrogations que seul les hommes sont en mesure d'impulser puisque cela concerne leur propre distribution organisationnelle mais le travaille critique des femmes et des gay me paraît fondateur pour poser les prémices de cette réforme de genre.

Mardi 9 juin 2009
Alain Cabello

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