lundi, 04 août 2008

Toréer un toréadore

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C'est comme ça que les toréadors me plaisent, à demi-nus, sous le soleil, avec banderille encoussinée dans leur pantalon à l'espagnol prêt à se laisser encorner le tube digestif par d'autres cornes de même espèce, de même sexe, doigts d'hommes comme autant de contre-bandrilles. Ouais je sais, ça fait très plan cul improbable à la Picasso mais c'est juste pour poser ce que je pense que je le formule ainsi. Quand je dis improbable c'est dans la praticité liée à la situation et à mon éloignement de ce monde si codé et pas si dégueulasse que ça d'ailleurs. Je pense que ce qui dégoutte le plus dans le milieu toromachique, c'est ce quasi anti-féminisme qui y règne. Je dis bien anti-féminisme et non anti-féminin. Ce sont plus les valeurs progressistes qui ont amené à l'indépendance des femmes qui sont ici contestées, dans la forme et dans le fond.
Je n'ai guère de sympathie pour les mises à mort et encore moins pour celles qui procèdent du jeu mais après tous, si je ne vais pas dans les gradins je me situe toujours en bout de chaîne, rayon boucherie, qui contient lui aussi sa production d'exécutions quotidiennes.
Pour moi, cette caricature du mâle dominant est, sous prétexte de culture, une manifestation de l'ego. Le soit-disant amour pour le Taureau et pour l'art taurin qui s'y rattache, est en réalité l'expression d'un amour immodéré de soi et de la mise en scène publique de l'érotisme masculin.
De fait, l'homosexualité qui s'en dégage est comparable à ce que la corrida véhicule de culture machiste. Tout dans l'habillement épousant les formes les plus intimes de l'homme, la banderille, l'arène comme univers intime, sans personne dedans, le Taureau, noir, poilu, massif, suant, évoque le sexe masculin comme on aimerait tous l'avoir, jeune, fougeux et sans pannes.

Le Taureau c'est l'énergie sexuelle qui s'amasse en chaque homme et que le toréador va matérialiser par la bête. Son but est de jouer avec cette énergie, d'éviter la mort avec toute la forme d'érotisme et d'homosexualité que contient l'encornage. Maîtriser la bête c'est savoir se maîtriser soi-même, être capable de retenir ses désirs de sexualité pour les amener là où l'on aimerait qu'ils aillent, c'est-à-dire vers l'accomplissement érotique du jeu. L'élément féminin n'est pas loin puisque l'arène qui est un dérivé "d'aride", _ aréna de mémoire c'est le sable_, et c'est une illustration de ce qu'est un sexe de femme sans l'homme. Je suis là, bien sûr toujours dans une réflexion traditionaliste et machiste. Le sang qui s'écoule du Taureau c'est en quelque sorte celui que suscite le sexe masculin. Ainsi, le sang coulant dans l'arène est celui de la menstrue et l'homme au milieu de celle-ci, symbolise l'unique, marchant seul sur l'immense sexe de femme que représente l'arène.
Il y a aussi une allégorie très puissante de la rupture de l'hymène. Le Taureau qui est l'expression de la virilité masculine est celui par lequel le sang finit par gicler. L'homme est l'entité masculine inaliénable, la banderille est son pénis, le Taureau, sa sexualité et l'arène est une représentation de la femme. Le toréador brandissant avec toute l'élégance que l'on connaît, sa banderille, exhibe son érectilité et sa puissance. Il est celui qui, par sa sexualité, est en mesure de faire et fera saigner le sexe de la femme-arène. Il plante cette représentation de son pénis dans la sexualité que représente le Taureau, c'est par le Taureau qu'il y aura sexualité consommée. Comme il ne peut pas y avoir pénétration de l'arène, c'est le sang  féminin qui vient inonder la sexualité masculine de sa féminité et de la victoire quereprésente l'acte. La femme aride qui ne peut se reproduir sans l'acte masculin, devient d'un coup d'un seul, parturiente. La mort du Taureau c'est la mort de la sexualité c'est-à-dire, l'orgasme. La bête mourant dansson sang c'est le sexe masculin se complaisant de l'accomplissement de sa nature génitrice sous les hourras de la foule témoin.
L'arène est aussi pour moi, une autre façon culturelle et datée de montrer le drap tâcher de sang des musulmans, aux convives présent à la noce. L'arène est un lit, c'est une chambre à coucher, à coucher des taureau, à coucher des hommes dont les murs sont les gradins organisant le témoignage, la preuve de virilité du mâle, et celle de féminité, de la femme.
L'homosexualité est partout parce que, partout où il y a des hommes, il y a une sexualité dont l'aveuglement de la force s'exprime sans beaucoup de discernement. La proximité avec la bête, celle avec la mort et celle encore avec le sexe est tellement exacerbée qu'elle ne saurait satisfaire toute entière à l'hétérosexualité pour preuve de laquelle on à besoin du regard connaisseurs d'autres hommes. Sans les témoins d'une corrida, sans le regard des autres hommes pour constater de la puissance virile qui se dégage de cette danse érotique, il n'y aurait de thème torique. La corrida est une sorte de conversation entre Hommes au sens anthropologique de la sexualité comme elle s'ordonne d'elle-même autour de ses différentes représentations sociales et culturelles. Si l'homosexualité est aussi honnie dans les formes exacerbées des cultures populaires, c'est parce qu'elle défait le jeu autour duquel on se constitue en assemblée en ré-affirmation de son identité. Cette communauté de groupe machiste et sur-virilisée, s'entend contre le groupe féminin qu'elle domine. L'homosexualité est une féminisation masculine, c'est-à-dire une modération des ardeurs de discrimination. Qu'un homme détourne les symboles de ces manifestations viriles au service d'un auto-érotisme et c'est une force interne au groupe des hommes qui se retourne contre lui pour procéder à une démasculinisation. Il n'est pas neutre que la sodomie soit l'image même de l'actif auto-retourné. En réalité, les propos liminaires de cet article étaient et sont de par ma nature d'homme, l'expression à la fois de ma culture d'homme au XXIème siècle s'exprimant sur un blog que celle d'une libido libérée. Par contre, elle constitue une entorse grave à l'héritage macho de cette part sociale.
En tant que masculiniste je m'interroge, maladroitement, sur la place à donner à ce type d'exacerbations sexuelles rendues à l'agora. Dans quelle mesure je rejoue sur le net, ce que d'autres font dans l'arène et jusqu'où mon homosexualité est une rupture vraie avec ces valeurs ? L'utilisation frontale que je fais de la sexualité en l'exposant comme une alternative subversive reprend les même schéma pour objetiser à mon tour ce garçon torse nu. Ainsi, la force de changement que représente l'homosexualité dans ce qu'elle a de déstabilisant pour la tradition machiste lorsqu'elle s'affiche, n'est somme toute qu'un re-sucer des valeurs sexistes. Mais alors, comment sortir de ce conditionnement ? N'est-ce donc pas cela le masculinisme que de tenter de repositionner notre sexe dans une dialectique reformulée qui ne soit pas basée sur le seul abandon de privilèges repris aux femmes ? Entre l'expressionde ma nature et celle de ma pensée, n'est-il pas possible d'y glisser une attitude positionnelle active et volontariste plutôt que cet attentisme masculin qui semble croireque ce que les femmes prendrons suffira à rétablir ce que la sur-exploitation de notre sexe nous aura permis de conserver si longtemps. Je pense que c'est à nous de bouger seulement le masculinisme n'a pas la même attractivité libératrice que le féminisme qui avait quelque chose à reprendre. Je pense que les hommes sont moins enclins à se mobiliser sur ce sujet parce qu'ils ne veulent pas mimer les mêmes mécanismes qui ont servit à la contestation de leur suprématie comme si s'organiser en pendant des mouvements féministes seraient valider les raisons pour lesquels ils ont eu lieu. Seulement comment se re-positionner sans reconnaître qu'une nouvelle donne féminine nous conduit à le faire etce sans rentrer en résonance avec les arguments que nous opposaient alors les femmes ? Je pense que les hommes reste sur une position assez similaire à celle d'un curé de campagne qui attend que les choses se passent sur la question de l'égalité. Je ne suis pas certain que les homosexuels soient de meilleure humeur pour reconsidérer leur qualité d'homme, historiquement déjà. Comme les hétérosexuels d'une autre façon, ils se sont engouffrés dans cette remise en question générale post 68 via l'opportunité que le MLF leur a donné de porter leurs revendications sur un front commun, celui contre l'oppressionpaternaliste dominante. Je ne vois pas de dynamique purement masculine mais davantage celle d'une minorité mal-menée qui aspire à plus de liberté mais aussi la paisibilité de son sexe. Fondamentalement, l'atonie reste passablement la même que celle des autres hommes, par nature peut-être mais aussi par faiblesse intellectuelle. Non sans dec, je ne vois pas de figures de proues masculines qui s'imposent, de cerveaux dominant qui s'emparent du sujet et le conceptualisent vraiment. Pédé et féminisme même combat, je ne pense pas bien que les homosexuels soient plus malléable à la pensée féministe puisqu'ils en épousent la dynamique de changement. Le terrain, de part la contiguité de nos luttes est déjà prédisposer à d'autres changements futurs par contre je ne vois pas qu'il puissent venir d'eux ou plutôt devrais-je dire, de nous, car si il y a une concomitance d'action, il n'y a plus de concomitance de résultat. En faite il nous faudrait nous repositionner non pas par rapport aux femmes mais bien par rapport au groupe originel que nous formons. C'est peut-être làles limites du féminisme et peut-être encoreque celui-ci a pour principale ennemi, l'inertie masculine. comment rétablir un équilibre avec une entité qui ne consent à bouger qu'à la force des lutte ? Quel interlocuteur les femmes peuvent-elles bien espérer si au-delà de convaincre les femmes elle-même, le gros de la troupe du règne humain reste amorphe _femmes indiférentes et hommes_? Bouger contraint par les nécessités ou bouger conscient des nécessités ce n'est pas la même chose.

Mais bien sûr, cela n'engage que moi


Lundi 4 août 2008
Alain